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Randonnée périurbaine : Montesson ou la résistance d’une enclave agricole en banlieue chic

Randonnée périurbaine n°49, de Houilles à St Germain-en-Laye par Carrières-sur-Seine et la plaine de Montesson. Une balade minérale, , militante, végétale et historique.

Fin d’après-midi un dimanche d’automne, les participants de la 49e randonnée périurbaine organisée par le Voyage Métropolitain savourent les derniers rayons du soleil après avoir parcouru 17 km. Ils contemplent le panorama du haut de la terrasse du château de Saint-Germain-en Laye qui surplombe l’ouest parisien. Au loin émerge le quartier de la Défense alors que la Tour Eiffel joue à cache-cache devant le mont Valérien. La vue de la capitale sous cet angle est plutôt inhabituelle. Et bien que parisiens, tous s’amusent à en identifier les édifices les plus familiers. Etudiants, architectes, urbanistes profs, employés de bureau ou d’atelier, ils se sont retrouvés en gare de Houilles pour cette balade qui passa comme de coutume par des endroits parfois improbables. Ces marcheurs présentent un point commun : la curiosité de comprendre comment s’est développée l’agglomération au fil des décennies, ses enjeux et les luttes que se livrent souvent des acteurs aux intérêts difficilement conciliables face à l’urbanisation. Sur leur gauche, en contrebas, la plaine de Montesson qu’ils viennent de traverser puis vers la droite une tache de verdure, le Vésinet.

 

 

 

 

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Rando à Sucy-en-Brie , un des symboles de la mutation urbaine francilienne

Rando périurbaine N °4

En 2030 l’achèvement du Grand Paris marquera la naissance d’une mégapole de plus de 12 millions d’habitants, composée des villes interconnectées par un maillage de nouvelles lignes de métros et tramways ou le prolongement d’autres. Loin d’être un bouleversement soudain, ce gigantisme n’est qu’une mutation lente née au XVIe siècle. Après un large volet sur les Villes nouvelles et pour mieux comprendre ce phénomène, le Voyage métropolitain nous invite lors de sa 48e édition à mettre le cap à l’est, vers la ville de Sucy-en-Brie et ses environs, une banlieue emblématique de cette mutation.

Installés dans le RER A, nous ignorons à cet instant que cette ligne la plus empruntée en IDF  nous transporte dans l’histoire même du développement de la ville. C’est bien avant sa création, en 1872, que le chemin de fer a relié la Bastille à Verneuil-l’Etang, marquant le point de départ d’une vague d’urbanisation de la Seine-et-Marne qui ne cessera d’enfler. De grands domaines nés au XVIe siècle sous la pression des crises économiques accueillaient, dès 1930, les premiers lotissements. Dès lors rien n’arrêtera cette folle urbanisation.

Une fois descendus du train, le décor nous fait tourner la page suivante de cette histoire, celle de l’émergence des grands ensembles qui poussèrent ici des années 1950 à 1970, dans le secteur du Rond d’Or. Face à la forte demande de logements en location et plus tard en accès à la propriété, les instances construisent en urgence du « provisoire » qui, hélas, va durer et souvent se dégrader. Nous traversons la Cité verte, aujourd’hui rénovée, avant de rejoindre la Fosse rouge, un autre quartier populaire qui tente de trouver un second souffle à coup de subventions. Nous parcourons le traditionnel petit centre commercial et, en contre-bas, contournons une mosquée discrète qui, blottie dans le béton, marque la présence d’une immigration bien ancrée. Non loin de là, d’anciennes cheminées désormais classées aux monuments historiques témoignent du passé industriel du département.

Les usines Saint-Gobain s’y étaient installées en 1917, bousculant un territoire encore tourné vers les cultures. Les coteaux regorgeaient alors de vergers et de vignes. Des dizaines de sentiers datant des grands domaines, puis de cette période, subsistent encore. Le promeneur s’y perd volontiers entre les nouveaux ensembles. Nous les traversons en remontant vers Ormesson pour atteindre le Parc départemental du Morbras. L’ilot de verdure de 12 ha apparaît comme tiré à quatre épingles par les paysagistes. L’harmonie florale est omniprésente et les espaces humides répartis sur plusieurs niveaux abritent une biodiversité insoupçonnée. Ormesson-sur-Marne semble, elle aussi, resurgir d’une aristocratie à peine oubliée. La modernité l’a juste relifté en une jolie ville pavillonnaire résidentielle avec en toile de fond le château ancestral et un golf.

La diversité des styles ravit les architectes du groupe. Dans une même rue ils peuvent répertorier toutes les audaces, les splendeurs, le mauvais goût ou le tape-à-l’œil du siècle de l’habitat individuel ! Nous poursuivons notre longue diagonale entamée au Parc départemental pour arriver à Chennevières. Alors que nous approchons de la zone industrielle, le décor perd de son attrait : des maisons murées et d’autres, plus modestes, bordent désormais notre chemin. Le groupe se faufile sur un sentier improbable repéré quelques semaines auparavant par les éclaireurs du Voyage métropolitain. Et là, vision surréaliste : le champ de blé de la Maillarde étale sa blondeur au milieu des cités.

Ces quelques hectares de céréales surgis de nulle part sont toujours au cœur de luttes intestines entre acteurs locaux suite à l‘abandon du projet de VDO (Voie de Desserte Orientale), un tronçon autoroutier devant relier l’est de la Seine-et-Marne à Paris. Un autre projet dénommé ALTIVAL est désormais dans les cartons. La moisson de ce mouchoir de poche restera pour nous une énigme alors que nous nous dirigeons vers les Terrasses de Chennevières.

Ce panorama nous offre un point de vue est-ouest inédit sur Paris. Le temps est dégagé et en bons randonneurs chacun s’amuse à déchiffrer le paysage appuyé sur la table d’orientation du Touring Club de France datant de 1961. Après la visite d’une maison abandonnée où la vie semble s’être arrêtée brutalement, nous descendons vers le château des Rets, un établissement aujourd’hui privé. Un sentier suivant un coteau boisé nous ramène à Sucy puis jusqu’aux bords de la Marne par la Grande Ceinture et la résidence des Berges.

Nous avons rendez-vous en ce 14 juillet avec le Big Jump. Cet événement à échelle européenne vise à promouvoir le retour de la baignade en rivière grâce à une purification progressive des cours d’eau. Pour rejoindre le spot sur les berges de la Varenne-St-Hilaire, nous nous sommes servis de la servitude de marchepied (lois de 1965-2006), un chemin à l’accès autorisé aux bateliers, pêcheurs…, pour éviter un détour. On suivra ainsi la berge en poussant l’une après l’autre les portes des jardins reliant les maisons qui bordent la Marne, avant de franchir finalement le pont de Chennevières. Les plus courageux d’entre nous se baigneront dans un périmètre aménagé par l’organisation sous la surveillance de la brigade fluviale et de la Protection civile.

Chaque randonnée périurbaine du Voyage métropolitain se terminant par un débriefing, après avoir acheté des boissons, le groupe tentera de pénétrer, en vain, par l’issue de secours du centre commercial jouxtant le RER A de la Varenne-Chennevières. Il faudra faire un détour par les escaliers intérieurs du parking géant pour atteindre le dernier étage en plein air de l’édifice, totalement désert ce jour-là. Après avoir étanché notre soif puis échangé nos expériences, il était temps de rejoindre Paris par ce fameux RER A, un des axes déterminant qui propulsa à l’époque tout ce département francilien dans une autre dimension.

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Rando périurbaine : welcome in SQY !

Un parcours périurbain de 22 km pour découvrir la mutation d’une zone composée de 11 communes définissant le périmètre de la ville nouvelle SQY née en 1972.

 

 

 

 

 

 

A l’occasion de sa 41e sortie dans l’univers périurbain d’Ile-de-France, Le Voyage Métropolitain proposait cette fois un nouvelle marche exploratoire de 19 km, entre les gares de Trappes et Jouy-en-Josas, en passant par SQY, autrement dit Saint-Quentin-en-Yvelines.

SQY abréviation marketing en vogue ou relooking verbal dû à la nouvelle génération, dont la résonance anglo-saxonne symbolise la mutation d’une ville nouvelle née dans les années 1970, lors du projet d’urbanisation visant à absorber la croissance démographique vertigineuse de Paris. Au total cinq villes nouvelles allaient ainsi naître : Evry (1967), Cergy-Pontoise (1969), SQY (1970), Marne-La-Vallée (1972) et Sénart (ex-Melun en 1973).

Avec des décennies de recul, le « grand ménage » imaginé par De Gaulle semble s’essouffler. Le bilan 2013 dénombre 850.000 habitants pour ces cinq villes qui absorbaient 50% de l’ accroissement démographique francilien contre 1/6 aujourd’hui.

Nous sommes près de 80 marcheurs à descendre à la gare de Trappes. La majorité est parisienne intra-muros, architectes, paysagistes, étudiants, urbanistes, quelques journalistes et autres randonneurs en quête de découverte exotique. Nous marchons en une longue file avant de faire une première pause sur un site désormais classé aux Monuments historiques : Les Dents de Scie, créé en 1931 par les architectes Henri et André Gutton. Cette composition de 40 pavillons disposés à 45° avait pour but d’offrir un « chez soi » aux locataires tout en favorisant la convivialité et la lumière, un exemple de ce qui deviendra un spécimen atypique du  « logement social ».

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Rando périurbaine d’Aubervilliers à Saint-Denis, mon 9-3 !

Un parcours de 9 km à la découverte du 93 en pleine mutation urbaine

Il a fallu que je fasse de la randonnée pour retourner, par le plus grand des hasards, dans la banlieue de mon adolescence. Lors d’une première sortie périurbaine à Sevran, organisée par l’association Voyage Métropolitain, j’avais déjà pu mesurer toute l’ampleur de la mutation du 9-3 : désindustrialisation généralisée, émergence du secteur tertiaire, réhabilitation de l’habitat, parfois bâclée, ou de sites d’usines, comme Kodak, et des projets les plus extravagants comme la construction d’une piscine à vagues !

Quelles pages de cette histoire ai-je donc ratées  ?  Un flash-back s’impose. Fin des sixties : ma famille quitte Asnières pour s’installer à La Courneuve en Seine-Saint-Denis. Sans nous prévenir, mon père avait acheté un appartement sur plan, rue de l’Abreuvoir. La surprise est totale, violente même ; nous allions bel et bien  habiter à côté d’une ferme avec sa basse-cour, et des chevaux ! Le 93,  c’était la cambrousse à moins de 10 km de Notre-Dame de Paris.

Le dragon était déjà à la Villette de la Cité des Sciences était déjà là dans les années 80

L’urbanisation débridée des Trente Glorieuses façonna très vite notre quartier en un univers de tours et de barres HLM. La cité des 4000 fut le point d’orgue de ce délire de l’époque, avec à la clef son lot de délinquance en tous genres. Le vaste Parc Paysager constitua alors la seule enclave de verdure où venait se détendre une population cosmopolite issue des  générations d’immigrés successives. Les villes « rouges » de la seconde couronne francilienne faisaient encore de la résistance avant l’effondrement de l’URSS et du communisme. La Fête de l’Huma s’installa logiquement dans ce parc chaque automne et ne le quitta plus. Situé à deux pas de chez moi, j ‘y allais avec ma 125 participer au rassemblement moto de l’Elan où les vrais bikers campaient souvent dans la boue.

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