GR34- D’une rive à l’autre de la rivière d’Auray (56)

Un GR34 comme en points de suspension que je consomme depuis des années à chaque fois avec le même plaisir, que je déguste dans le désordre, par tronçon au gré de mes voyages en Bretagne. Je l’avais abandonné à la presqu’île de Crozon, puis  perdu de vue  quelque part vers Arradon, dans le Golfe du Morbihan. L’idée étant de nous rendre à Auray, je décidais de le reprendre cette année à Locmariaquer à l’entrée de la  « Petite Mer ». En vacances près de Sarzeau, le plus simple était de rejoindre ce bourg par la mer depuis Port-Navalo sans avoir à faire le tour complet du Golfe en bus. Car fin septembre tous les bateaux passeurs cessent leur activité. La traversée vers Locmariaquer dura 25 minutes. Avant de remonter vers Crac’h,  mon amie Christine m’entraîne sur les vestiges de la préhistoire dont elle raffole, dans un de ces fameux tumulus vieux de 5 à 6 000 ans qui abritaient alors une sépulture au fond d’un tunnel de granite.  Certes, nous avons raté sans doute un ou deux dolmens ce matin-là…  En regardant de près la carte IGN, cette portion est  légendée « GR34 Chemin d’accès », il fait partie de ce sentier côtier nommé « Tour du Golfe », une bien belle balade de 190 km. A Kerdreven, cet itinéraire rejoint le fameux GR34, le chemin des douaniers qui se poursuit ainsi vers le Nord et suit les côtes de  Bretagne jusqu’au Mont Saint-Michel… mon point de départ ! Lors de cette remontée vers Auray, nous longeons au début une succession de parcs à huîtres. Même en ce début de saison plutôt chargé, certains ostréiculteurs accueillent avec plaisir les randonneurs autour d’un plateau de coquillages et verres de blanc. Il a bien fallu s’arrêter !

Nous quittons ce rivage occidental du Golfe au moulin à marée de Couët Courzo pour nous enfoncer dans les terres. Les marais, les vasières et les prés salés font alors place à la campagne, aux champs de maïs et aux pommiers. Nous sommes bientôt en septembre, difficile de résister  aux mûres sauvages tout au long du GR. La moyenne en prend un coup ! Il nous a fallut marcher une bonne vingtaine de kilomètres  pour atteindre le sud d’Auray. L’urbanisation s’étend, hélas, elle aussi sur la cité bretonne. Il reste quelques rares chapelles et bâtisses anciennes pour nous replonger un instant dans ce passé lointain, alors qu’Auray rayonnait sur la Bretagne. C’est une douce fin d’après-midi, nous trouvons chambre à l’hôtel Le Celtic puis, allégés de nos sacs à dos, nous partons visiter la ville haute avant de descendre sur le port de Saint-Goustan où nous arrivons par un magnifique pont  médiéval. L’ouvrage classé au Patrimoine enjambe la rivière du Loch à un endroit où les deux rives se resserrent. Avant le Moyen-Age, le franchissement de la rivière à gué était parait-il possible. Le pont et ses droits de passages vont devenir vite lucratifs (voir encadré). Désormais ce quartier est  devenu le cœur touristique d’Auray. Il fait bon se balader sur les deux rives bordées d’arbres majestueux, avant d’aller dîner à l’une des terrasses de ce charmant port où  sont amarrées des barques anciennes, à voile, désormais dédiées à la balade.

La crêpe et la galette de sarrasin restent reines mais leurs recettes restent parfois un peu trop immuables. Par chance, nous découvrons « La Goustannaise », une crêperie blottie dans la rue pavée qui mène sur les hauteurs de Saint-Goustan. La patronne, jeune cuisinière du petit restaurant à la décoration plus écolo que bretonnante, fait preuve d’imagination voire d’audace en proposant des compositions innovantes garnies de produits frais. La seconde journée de ce périple débute tôt. Il ne faut pas traîner, car nous avons plus de 25 km depuis Auray pour rejoindre Larmor-Baden. Au bout de deux heures de marche à travers la campagne, nous arrivons à la rivière du Bono que l’on suit alors sur sa rive nord. Le sentier passe par le cimetière à bateaux de Pluneret, avant de longer la rivière d’Auray. Cet endroit insolite fait partie du patrimoine marin et nous ramène à la période ostréicole de l’huître plate des années 1970, décimée par les épidémies durant la Deuxième Guerre mondiale. Derrière cette flottille d’anciens bateaux de pêche, plates, canots, qui encombrait le fond marécageux dit vasière, la façade du vieux manoir de Montigny dans son bocage fait face à ce bras de rivière qui ressemble à un lac. Des vestiges de cabanons  abandonnés et couverts de tags s’égrainent tout au long du sentier. Les hommes suivaient ici, au jour le jour, avec passion et grand soin la croissance des naissains jusqu’à la maturité de l’huître. Puis le GR34 franchit le fameux pont suspendu construit de bois et d’acier où le trafic routier est, bien sûr, aujourd’hui interdit. Le petit port abrite quelques bateaux de plaisance, au bout du quai une grue d’un autre siècle cent fois repeinte semble attendre le retour improbable des hommes de mer. D’anses en criques, nous suivons la côte intérieure du Golfe sur un sentier bordés de pinèdes. Tout est si calme ! La terre et l’eau se confondent, s’entrelacent. La marée basse découvre des champs de vase où mouettes, goélands et petits échassiers viennent festoyer. Nous bifurquons après l’étang de Toulven pour raccourcir de deux kilomètres le parcours en allant directement à Locmiquel. L’anse scintille sous le soleil descendant, des centaines de bateaux et autres annexes attendent sagement la marée haute. Au loin, se détachent l’île de Gavrinis et celle de Berder que l’on peut rejoindre à pied depuis Larmor-Baden lorsque la mer se retire.

Il fallait bien rentrer à Sarzeau. Mais aucune navette n’est prévue entre  Larmor-Baden et Port-Navalo pourtant à quelques encablures de la presqu’ile de Rhuys. Nous étions bons pour un demi-tour de Golfe : attraper d’abord un des rares bus vers Vannes, puis un autre pour Sarzeau avant de reprendre nos vélos, direction Le Rohaliguen. Ces deux jours de randonnée sur le GR34, de la rivière d’Auray à celle du Bono, nous ont permis de mieux cerner la vie du Golfe du Morbihan, un univers protégé mais fragile, changeant de décor à chaque marée.

Auray au fil de l’histoire

Comme beaucoup de villes historiques bretonnes, c’est au fond d’une ria que la ville d’Auray s’est développée, plus exactement à l’endroit où la rivière se rétrécit et s’avère infranchissable à pied à marée basse. Un emplacement idéal pour percevoir des droits de passage et s’enrichir ! Dès le XIe siècle, une forteresse est érigée sur un promontoire dominant la rivière. Deux quartiers voient le jour : derrière cette forteresse et autour du prieuré de Saint-Gildas, une ville haute domine le port de Saint-Goustan. En 1201, Arthur 1er, duc de Bretagne, fait ériger un château de pierre. Démantelé en 1560, il n’en reste aujourd’hui que très peu de traces. En 1364, au nord de la ville, se déroula la bataille d’Auray qui fut décisive dans la Guerre de Succession de Bretagne.

Le port de Saint-Goustan se développa dès le XVe siècle. Aux XVIe et XVIIe siècles, il devint même le troisième port breton. La construction navale, l’export de céréales et le commerce du vin en constituent l’essentiel de son activité. Mais la création du port de Lorient, le développement des échanges routiers puis l’arrivée du chemin de fer sonnèrent le glas du port de Saint-Goustan au 19e siècle. Aujourd’hui il est exclusivement consacré au tourisme et à la plaisance.

Pour clore l’histoire de celle ville, deux hommes d’exception s’y sont distingués : le héros chouan Georges Cadoudal, né à Auray en 1771, et Benjamin Franklin. Voulant rejoindre Nantes,  l’ambassadeur américain fut contraint par le vent de débarquer à Auray en 1776 avant de se rendre auprès de Louis XVI pour lui demander son soutien contre l’Angleterre. (Source : terresceltes.net)

Téléchargez les traces de ces deux randonnées 

GR34 Locmariaquer-Auray

GR34 d’Auray à Larmor-Baden

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.